Oyez, oyez, gentes dames et chevaliers, O gens de toute contrée!
Venez ce soir au banquet, rire, manger et chanter! Une joute hors
du commun est organisée. Plantés devant vous comme des pan
tins, nous ne sommes que des jouets à l'apparence humaine. D'
hideuses marionnettes que vous pouvez manipuler avec aisance.
De simples automates dont les membres sont rattachés à des fils
rigides. Concidérez-nous comme des personnes versatiles. Nous
ne nous défendrons pas. Dans vos esprits rétricits, diminués, nous
sommes facilement manipulables. Si cette pensée peut améliorer
l'idée que vous avez de vous-même, alors oui, vous pouvez nous col
ler cette étiquette. Approchez cher hôtes. Venez dévisager les bouffons
du roi. Debout devant cette foule, nous sommes concidérés comme
les bêtes de la foire. Vétus de guenilles, de linge usé, de chiffons, nous
gardons la tête baissée et les pieds joints. Les yeux clos, nous distingu
ons vos quelques murmures. Resserant nos mains liées, un lien s'est
établi entre nous depuis le début de ces moqueries. Un énigmatique
silence s'installe. Plus aucune voix ne résonne. Ce supplice serait-il
terminé? Serait-on arrivé à la fin de cette torture? Quelle fausse joie. Les
rires refont leur apparition au moment où ce légume rond se loge le long
de nos joues. Le jus acide coule sur nos visages crispés. Nous ne prenons
même pas la peine d'essuyer ce liquide blessant. Trouvant le courage de
relever la tête, nous pouvons enfin apercevoir les fautifs de cette offense. Vous,
simples individus primitifs, vous vous conciderez supérieurs aux autres. L'humi
liation est votre principal jeu, l'affront votre suprême excitation. Sachez que nous
ne descendrons pas à votre niveau. La vengeance serait une douce revanche
mais nous perdrions la seule chose qu'il nous reste encore, notre intégrité. Nous
vous laissons vous nourrir de votre méchanceté, boire votre cuauté, dévorer cette
malfaisance qui vous consume. Vous, hommes et femmes puérils, vous vous étou
fferez à force de consommer votre noirceur et votre pervesité. Oyez, oyez, gentes da
mes et chevaliers, O gens de toute contrée !Vous êtes venus ce soir au banquet, rire,
manger et chanter! Une joute hors du commun a été organisée. J'espère que vous
avez bien dégusté ce suprême dîner, ce sinistre souper.